La leçon

Le 24 juin 2013, j’atterrissais à Nairobi. Deux mois, 111 fermes, 1 mammite gangreneuse, plus de 300 échantillons et près de 1000 trayons plus tard, me voilà de retour dans la capitale du Kenya, où un avion m’emmènera loin de ce pays que j’ai appris à tant aimer. Shauna et Shepelo ont encore un mois de visites à faire à Mukurwe-ini, Jessie est partie hier et moi, je contemple le trafic des rues achalandées de Nairobi. Le pouls urbain est si différent du rythme des highlands, lui-même complètement différent de l’atmosphère des réserves naturelles. Le Kenya est un pays aux mille couleurs.

Je me suis engagée dans ce stage avec Vétérinaires sans frontières pour l’expérience culturelle, pour partager des connaissances, pour aider une communauté prête à recevoir de l’aide et, avouons-le, par désir d’aventure. Mais je quitte aujourd’hui avec un bagage cent fois plus lourd que je ne l’aurais espéré : mes valises sont remplies d’expériences, d’un savoir nouveau, de liens à entretenir, de souvenirs bons et moins bons (mais surtout bons).

Voici un bref aperçu de ce que je ramène :

– Une assurance en présence des bovins. Je suis définitivement plus à l’aise que je ne l’étais.
– Un bras gauche rendu plus adroit par les fouilles transrectales et par les autres manipulations que j’ai dû faire.
– Une collection d’ecchymoses pour accompagner celle de souvenirs.

– Une connaissance pratique de l’origine du mot « urticaire », soit du contact de l’ortie.

– Une idée de ce qui est « normal » lors d’un examen général de bovin (bien utile pour ensuite déterminer ce qui est « anormal »).
– De meilleures aptitudes de communication.

Je n’ai pas entrepris ce voyage pour changer le monde, ni pour accomplir une quête de découverte intérieure. Mais j’avoue que j’en reviens grandie, que j’ai beaucoup appris, et la réalité que je n’aurai jamais fini d’apprendre m’a frappée plus fort et plus tendrement que jamais. C’est une chance inouïe que d’avoir pu toucher plus d’une vie et de m’être laissée toucher à mon tour; ce n’est pas le moindre de mes apprentissages.

Cette expérience à l’étranger m’a été plus que bénéfique dans le processus de devenir une vétérinaire accomplie, même si je compte exercer ma profession au Canada. J’ai vu des gens mettre tous les efforts et le peu de moyens à leur disposition pour améliorer leurs fermes, tant sur le plan productif que sur celui du bien-être animal. Si de tels progrès sont possibles dans un pays en développement, je ne doute pas un instant qu’il est possible d’améliorer divers aspects des productions animales canadiennes aussi. Les défis sont certes différents, mais pas plus insurmontables… si la volonté est là. Et cette volonté doit venir de tous : vétérinaires, producteurs et autres citoyens.

Je dois dès maintenant me servir de tous les éléments de cette grande leçon pour appliquer cette dernière dans ma future profession… ainsi que dans la vie de tous les jours.

 

Geneviève C. Luca