Coeur d’enfant

Une des premières choses que l’on remarque dans les régions rurales du Kenya est l’omniprésence d’enfants. Vous pouvez vous doutez qu’eux aussi nous remarquent, wazungu* que nous sommes, qu’ils s’approchent de nous et nous observent avec une candeur attachante. Ainsi, à peine mettons-nous le pied sur une ferme que déjà ils s’attroupent; de jeunes yeux nous scrutent avec curiosité et de petites bouches retiennent mal leurs gloussements quand nous devons nous contorsionner pour rentrer dans un enclos.

Les Kenyans semblent accorder une grande importance à leurs enfants (ainsi qu’à ceux de tout le voisinage). Certes, les jeunes sont une aide précieuse pour les parents qui auraient une éducation plus modeste; en effet, il est arrivé que l’aînée, seule personne présente pouvant lire l’anglais, nous assure qu’elle assisterait sa mère pour suivre adéquatement les instructions concernant l’alimentation. Toutefois, on peut percevoir dans leur regard que l’affection que les Kenyans prêtent à la jeune génération va au-delà de leur désir d’avoir un coup de main.

Il est vrai qu’elle est belle à voir, cette jeunesse : vive, prompte à l’entraide et dotée de curiosité intellectuelle. Les professeurs font actuellement une grève nationale et, contrairement à la réaction attendue par chez nous, les enfants ne sautent pas de joie à l’idée de ne pas aller à l’école. Tous sont désireux de décupler et de parfaire leurs connaissances du monde.

Jessie est formidable avec les enfants. Elle est toujours prête à prendre le temps de se nommer, puis de demander leur nom et leur âge. Je les aime bien aussi – en fait, je suis même un peu déçue quand nous n’en rencontrons pas sur les fermes – mais j’avoue que je suis d’abord préoccupée par la tâche dont je dois m’acquitter. Oui, mes petites chéries, vous pouvez jouer dans mes cheveux; ça me fera plaisir, mais après que je termine le CMT** sur cette vache qui essaie de m’assommer.

Une fois notre cueillette d’informations terminée, lorsqu’il nous reste un peu de temps à passer sur place, nous sommes contentes de leur parler davantage, de leur montrer des jeux de mains ou de leur faire essayer nos stéthoscopes – la joie qui se peint sur les visages vaut bien la patience que cela prend parfois pour qu’ils cessent de se cacher derrière leurs grands frères ou grandes sœurs.

Nous chérissons ces petits bonheurs, comme hier, lorsque des enfants nous ont offert de charmants bijoux colorés qu’ils ont eux-mêmes confectionnés – il nous fallut cependant laver nos mains marquées par le labeur de la ferme avant de pouvoir les accepter convenablement.

Plus que les collines, que les lacs, que la végétation et la faune à faire rêver les Rimbauds, le trésor le plus cher de ce pays, c’est le cœur pur et ouvert des enfants, ainsi que l’amour que leur portent les adultes.

Vous devrez accepter que cette publication se termine sur une note sentimentale.

 

Geneviève

 

*Wazungu : Pluriel de muzungu; mot swahili signifiant « Européen » ou « quelque chose d’étrange », mais plutôt employé pour désigner toute personne de peau blanche.

**CMT : California Mastitis Test